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Liberté ou capitalisme ?

« Qui contrôle le passé contrôle le futur, qui contrôle le présent contrôle le passé », tel fut le slogan de la redoutée police de la pensée dans le livre de George Orwell 1984. C’est devenu aujourd’hui le slogan de nos maîtres, car la classe dirigeante veut perpétuer sa domination. De même, ses idéologues et médias ont redéfini le socialisme pour maintenir la division actuelle de la société en classes sociales. Voilà pourquoi de nombreux politiciens carriéristes se prétendent « socialistes » pour parvenir au pouvoir. On ne peut que regretter qu’ils aient de nombreux partisans parmi ceux qui éprouvent une sympathie sincère envers les gens qui souffrent et cherchent un remède aux maux du capitalisme. Mais, ainsi que l’affirma Oscar Wilde, leurs « remèdes ne sauraient guérir la maladie, ils ne peuvent que la prolonger, on peut même dire que [leurs] remèdes font partie intégrante de la maladie. » (L’âme humaine sous le socialisme, 1891)

Rejetons le contrôle de la police de la pensée et la propagande des médias ; il est temps de réclamer notre héritage socialiste pour nous-mêmes !

De la tradition philosophique du siècle de la raison émergea le concept d’une société humaine rationnelle. En France, Morelly, Babeuf et Buonarotti prônèrent une société égalitaire de producteurs qui impliquait la propriété commune. Et cette idée fut transmise par le mouvement collectiviste de la fin du 19ème siècle – Souvenons-nous que, jusqu’à une date récente, les cartes des syndiqués C.G.T. revendiquaient « l’abolition du système du salariat ». Depuis ses débuts mêmes, le socialisme français fut une critique de l’appropriation individuelle des moyens de production, une admission de la division de la société en classes, une reconnaissance du fait que l’État n’était pas neutre, mais l’instrument pour l’asservissement d’une classe par une autre, et lui-même un produit de la société de classe. Ces faits, la police de la pensée et les politiciens veulent les cacher pour préserver les privilèges des riches.

Souvenons-nous de la forme de démocratie noble et sensée que pratiquèrent les citoyens de Paris pendant la Commune de 1871 : les élus y étaient les serviteurs des électeurs et sujets à révocation immédiate s’ils n’appliquaient pas les instructions de ces derniers. Souvenons-nous encore du concept de mutualisme et d’une juste société de producteurs qui donnaient leurs produits excédentaires pour aider les autres à satisfaire leurs besoins. Que nous en sommes loin avec le capitalisme, dans lequel la minorité possédante utilise de manière égoïste les lois qui protègent la propriété privée, accumule du capital monétaire à partir de la vente des marchandises produites par la majorité travailleuse.

Il y a encore à notre disposition une longue tradition d’égalité, de participation, d’aide mutuelle et de démocratie directe dans la mémoire populaire en France. Faisons la revivre pour concevoir tous ensemble une nouvelle société. Continuons les expériences précieuses et pleines d’enseignements des pionniers du socialisme qui préconisaient la propriété des moyens de production par des individus égaux entre eux et librement associés. Une société qui n’oublie personne et prenne soin de tous, une société dénuée de capitalistes possédants égoïstes, accumulant leurs richesses et administrant la société à travers leurs politiciens et gouvernements dans leur intérêt exclusif.

La technologie, la science et la bonne volonté humaines peuvent résoudre les problèmes auxquels est confrontée l’humanité, mais seulement après que nous nous soyons débarrassés de l’absurde système du marché.

La classe capitaliste minoritaire encourage le système du marché ; en effet, celui-ci maintient la propriété privée par laquelle cette classe s’empare des richesses produites par la classe travailleuse, celle, pourtant, qui fait fonctionner la machine économique. La propriété de ce monopole doit être retirée à la classe capitaliste. Comment ? La meilleure manière, à notre avis, est qu’une majorité de la société. une fois devenue socialiste, impose à la minonité capitaliste possédante sa volonté démocratiquement exprimée en faveur de la propriété commune. Ainsi, une fois celle-ci établie, tout l’édifice du marché, de la propriété privée, du travail salarié, de l’argent, du capital et de l’intérêt est aboli puisqu’ils sont tous interdépendants. Le capitalisme sera remplacé par une société rationnelle sans classes dans laquelle ses membres ont librement accès aux richesses produites. C’est alors que le véritable progrès humain commencera.

Le contrôle et l’application conscients et démocratiques des connaissances disponibles partagées à travers, disons, l’outil informatique, donneront la possibilité d’une véritable liberté. La preuve que nous avons tous un pouvoir et un droit de vote égaux dans chaque décision prise sera évidente dans cette société future sans État par l’éradication de la faim – utilisée sous le capitalisme comme une forme subtile de contrôle. Dans le cadre de cette société d’individus égaux librement associés, chaque femme, homme et enfant prendront les biens dont ils ont besoin dans les magasins communs. Cet accès libre, cette liberté, est ce qui maintiendra la véritable démocratie directe, et elle sera possible car l’argent, devenu inutile, n’existera plus. Notre bon sens nous dira de ne pas gaspiller ce que nous pourrions partager avec autrui ; voilà ce que les premiers socialistes souhaitaient.

En tant que socialistes, nous voulons participer à la progression de la communauté globale pour libérer le véritable potentiel humain de notre espèce. « Donnez nous le monde », direz-vous. Mais il ne sera pas donné, il faudra le bâtir. Nous sommes tous différents, mais nous sommes tous égaux. Nous n’acceptons ni dirigeants, ni police de la pensée ni politiciens de carrière, raison pour laquelle nous vous invitons à les ignorer à votre tour. Ayez confiance en vous, désobéissez, pensez par vous-mêmes, posez vous et posez nous des questions sur la cause que nous défendons. Nous n’avons tous rien à perdre que nos chaînes, et nous avons un monde à gagner.