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« Humaniser » le capitalisme ?

Chômage, précarité, pauvreté, insécurité, pénurie de logements ici, malnutrition, famine, guerres ailleurs. Face à tous ces problèmes, que faire ? Changer de dirigeants… pour que rien ne change ? En dépit de l’infinité de gouvernements de toutes tendances qui se sont succédés dans le monde au cours du 20ème siècle, pas un des problèmes auxquels était confrontée l’humanité il y a plus de cent ans n’a été résolu… et d’autres sont venus se greffer : pollution des mers et des rivières, réchauffement du climat, désertification… Les échecs des gouvernements, de même que les illusions des organisations « révolutionnaires » (« taxer les riches », « pollueur payeur », « réquisitionner les entreprises », « interdire les licenciements dans les entreprises qui font des profits », etc.) se heurtent à un obstacle majeur : le monopole des moyens de production et de distribution des richesses sociales (les moyens d’existence de la société) par une minorité privilégiée (les détenteurs de capitaux, ou classe capitaliste), au profit exclusif de laquelle ils sont inévitablement gérés.

Tenter de réformer le capitalisme (un système qui, par définition, ne peut fonctionner que dans l’intérêt des capitalistes), tous les partis dits « socialistes » (le P.S. français, le P.S.O.E. espagnol, le S.P.D. allemand, etc.), s’y sont essayés, et tous s’y sont cassés les dents. Pire. Tous ces partis, nés il y a un siècle environ, se fixaient à l’origine un double objectif: d’une part, l’instauration « graduelle » du socialisme, d’autre part, l’introduction « immédiate » de réformes en faveur des travailleurs qui, il est vrai, en avaient bien besoin. Pour quel résultat ? Non seulement, !e socialisme a disparu de leur horizon, non seulement les réformes qui ont été introduites ne cessent d’être la cible du patronat et de tous les gouvernements, mais, cerise sur le gâteau, loin d’« humaniser » le capitalisme, c’est le capitalisme qui a déshumanisé les partis « socialistes ».

Une constatation s’impose : aucun aménagement, aucune mesure, aucune réforme, n’ont pu (et ne le pourront d’ailleurs jamais) subordonner la propriété privée capitaliste à l’intérêt général et, donc, changer quoi que ce soit à la position de soumission de la majorité salariée aux intérêts égoïstes de la minorité possédante. Instruits des erreurs passées, et soucieux de les éviter, les socialistes proposent, comme seule solution réaliste et immédiate, l’instauration de la propriété sociale (d’où le nom de socialisme) des moyens d’existence de la société, de manière à assurer leur gestion par (et, donc, dans l’intérêt de) la collectivité tout entière.

De nos jours, le socialisme est soit ignoré, soit dénaturé. Identifié tantôt au « socialisme » réformiste de Mitterrand, tantôt au « socialisme réel » de Staline, parfois, plus rarement, c’est vrai, au national-« socialisme » de Hitler, le concept de socialisme a été à un tel point déformé et trahi que, au mieux, il suscite, scepticisme ou indifférence, et, au pire, il provoque rejet et hostilité. On le comprend d’ailleurs. Quel salarié peut s’enthousiasmer pour des gouvernements « socialistes », pour le moins difficiles à distinguer de leurs homologues « libéraux », ou pour des régimes de terreur politique, de répression policière et de crimes de masse, responsables de la destruction de millions de vies humaines ?

Les compromissions et les échecs des uns, le despotisme et la cruauté des autres se sont avérés être les alliés les plus efficaces du système capitaliste. En effet, ils ont facilité le travail de propagande de ses apologistes, trop contents de pouvoir les associer tous avec la seule idée du socialisme, pour ainsi mieux préserver les intérêts matériels et les privilèges des bénéficiaires de l’ordre social actuel. Pourtant, en dépit du discrédit qui frappe le socialisme, nous insistons. En effet, le socialisme n’a jamais été établi nulle part. Dans les pays dirigés par des gouvernements soi-disant « socialistes », l’économie obéit aux mêmes Lois que dans les pays gouvernés par des partisans déclarés du capitalisme. Quant aux pays dits « socialistes », une bureaucratie tyrannique y contrôle (ou y contrôlait, comme dans le cas de l’U.R.S.S. et de ses pays satellites) l’économie nationale grâce à sa mainmise sur le pouvoir d’État. Aucun de ces « socialismes »-là, pas plus le capitalisme privé des pays occidentaux, même administrés par des gouvernements « socialistes », que le capitalisme d’État de la Chine et autres pays « socialistes », n’ont quoi que ce soit à voir avec le socialisme tel que nous l’entendons.

Mais surtout, le capitalisme nous démontre tous les jours que, face à l’incapacité chronique de tous les gouvernements, ce vieux rêve de la Démocratie sociale est toujours d’actualité. Après tout, qui osera prétendre que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, ou que le but de la société actuelle est le bien-être de tous ses membres ? Qui rêve de léguer à ses enfants un monde où règnent l’inégalité, la précarité, La violence, le chômage ou, pour ceux qui ont la « chance » d’avoir un emploi, la menace permanente de se retrouver sans travail ? Qui peut ignorer les millions de victimes annuelles de la famine et des guerres, faisant, d’ailleurs, du capitalisme le plus criminel de tous les régimes ?

Parce que nous sommes nés sous le système capitaliste et que nous n’avons rien connu d’autre, nous avons tendance à penser qu’il est « naturel » et « immuable ». N’est-ce pas ce que pensaient du féodalisme, du tsarisme ou du « communisme » les serfs du Moyen Age, les sujets du Tzar ou les victimes du parti unique ? Le capitalisme a à peine 300 ans d’existence et, comme le féodalisme, il a été établi par l’action des hommes. Pourquoi, à l’instar du système féodal, ne pourrait-il pas être remplacé par l’action d’autres hommes ? Pour quelle raison devrait-il être plus « éternel » que ne le furent les systèmes sociaux qui le précédèrent ?

La plupart d’entre nous absorbe à longueur d’année l’information véhiculée par les grands médias (au fait, qui les possède ?). Pour cette raison, nous avons tendance à ne pas aller « voir » au-delà des limites imposées à cette « information » par ceux qui la contrôlent, à ne pas remettre en cause l’organisation de la société actuelle, implicitement acceptée par ces médias, ni à nous demander quels intérêts cette organisation favorise. Nombreux sont donc ceux qui seront peut-être déroutés par les idées exposées ici (et qui sont ignorées – censurées ? – par ces mêmes médias). Mais nous espérons qu’elles éveilleront leur curiosité, le désir de se poser – et de nous poser – des questions, et, bien sûr, qu’à ceux qui seront séduits ou convaincus de la pertinence de nos propos, elles donneront l’envie de nous rencontrer.

La société actuelle favorise l’individualisme et l’atomisation sociale afin de compenser la faiblesse numérique de la minorité dominante par les divisions et l’ignorance de la majorité travailleuse. Cependant, parce que le socialisme ne peut être établi sans socialistes, cette majorité doit en venir à comprendre et à le désirer. Pour cette raison, la tâche immédiate d’un parti socialiste authentique est de faire prendre conscience aux travailleurs de tout ce qui les unit (et les oppose à leurs employeurs et à leurs gouvernants) et de la force potentielle de leur nombre (eux qui forment l’immense majorité de la population).

En effet, cette majorité sociale, une fois devenue consciente de ses intérêts, pourra alors utiliser sa numérique écrasante pour élire des délégués socialistes au Parlement. La conquête, démocratique et pacifique, du pouvoir politique permettra à la majorité parlementaire socialiste de placer sous le contrôle de la collectivité les moyens de production et de distribution des richesses sociales afin d’assurer leur gestion, cette fois, réellement, dans l’intérêt général.

Alors seulement, nous serons en mesure de réaliser un monde où le système actuel des États rivaux sera supplanté par une communauté mondiale sans frontières, le rationnement de l’argent et du système du salariat par le libre accès aux richesses produites, la concurrence par la coopération et l’antagonisme des classes par l’égalité sociale.